A toi l’étranger.
J’allais te répondre, tu sais. Ma réponse était prête, mesurée, étayée. Elle était médiocre comme l’était ton message, mais comme lui elle aurait probablement été lue et approuvée. La conversation aurait pu se poursuivre, mais la voix a été la plus forte.
Pas cette voix qui chuchote “tue-les, tue-les tous”, non, l’autre, la froide. La voix au goût de vide, celle qui creuse ses mots dans le tissu de la réalité et ne laisse dans leur espace qu’un néant insondable. La voix de l’entropie.
“A quoi bon ?
Pourquoi écris-je ce message ? Que suis-je en train de prouver, et à qui ?
Cette conversation est insignifiante, rien n’en sortira, aucun de nous n’en apprendra rien.
Je le sais.
Et pourtant, je souhaite continuer ? Pourquoi ?
L’espoir ?
Non.
Je suis en train d’affirmer ma place dans l’ordre des choses. Il y a les pour, et il y a les contre, et ceci est ma carte de membre. En te répondant, je rentre dans le club. Rien d’autre n’en sortira.”
Mais je refuse. Il existe un niveau en moi, une couche intellectuelle maladive et mal ajustée, refusant obstinément la nature des choses. Ma nature.
Je suis un être social, et je méprise mes instincts sociaux. Je les rejette et me porte à l’opposé, dans le seul groupe intellectuellement satisfaisant : le groupe des gens qui n’appartiennent à aucun autre groupe. Brassens, à ma rescousse mon vieux moustachu ! “Bande à part, sacrebleu, c’est ma règle et j’y tiens”.
Mais j’en suis loin bien sûr.
Difficile, dans cette courte bafouille, de surmonter les barrières mentales et stylistiques imposées par “je”, ce pronom illusoire et ô combien simplificateur. “Je” suis, comme tout un chacun, multiple et incohérent, et ce “je” rejetant l’instinct grégaire n’est qu’un parmi tant d’autres.
C’est lui, ce “je”, qui regarde avec mépris le reste de la société de mon esprit apprécier une fille parce qu’elle dit du bien de moi, d’une façon si peu subtile pourtant que nulle manipulation maladroite n’aurait été aussi grotesque. C’est lui encore qui regarde cette même société naïve tourner en dérision un collègue dont on m’a dit du mal. J’observe en spectateur désabusé et impuissant le fonctionnement simpliste de mon esprit.
Alors, à quoi bon te répondre ?
A quoi bon prendre position ?
Plus je vieillis, et plus mon ignorance et ma stupidité m’apparaissent comme évidentes, et me poussent au silence.
Je me rappelle bien de ma dernière conversation complexe - ou bien était-ce un monologue ? Cette sensation de jeter les mots comme de la poudre au yeux, de faire illusion plus que de progresser. La parole est sociale, j’ai affirmé mon rang. Mon interlocuteur n’a pas vu l’abysse de mon ignorance, la fragilité de mon argument. J’ai marqué des points. C’était il y a plus de six mois.
Seuls les faits sont acceptables, tangibles, vérifiables.
Je corrige les faits, et laisse intact l’édifice branlant d’un argument incohérent et mal précisé. C’est ma petite concession à l’instinct social : j’apporte ma petite pierre, et laisse les autres construire sur le vide.
Ainsi est ce “je” qui n’est qu’un parmi tant.
D’autres pensent autrement.
22 février 2011
L'asociété de l'esprit
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Chris
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27 octobre 2010
Adblock et la reine rouge.
Vous ne connaissez peut-être pas tous Adblock, le plugin Firefox permettant de filtrer les publicités sur des pages web en inspectant l’adresse des éléments composant la page.
Pourtant certains sites Web commencent déjà à détecter les utilisateurs d’Adblock (ou logiciels apparentés), souvent dans le but de bloquer l’accès au site aux personnes non-génératrices de revenus publicitaires. On vous encourage alors à ajouter le site à votre liste blanche, ce qui revient, pour vous, à afficher le site sans publicités bloquées.
Je ne pense pas que l’idée d’ouvrir un débat sur la légitimité ou non du blocage des publicités Web soit bonne, et je laisserai le soin à chacun de décider en son âme et conscience de la chose. Penchons-nous plutôt sur l’aspect technique.
Les scripts anti-Adblock visent principalement à inspecter les éléments de la page afin de détecter si ceux-ci ont été bloqués, remplacés ou même simplement cachés. S’il est possible de s’assurer du téléchargement d’un contenu publicitaire côté serveur, un script s’exécutant sur le navigateur reste indispensable afin de s’assurer que les éléments publicitaires ne sont pas simplement cachés sur la page affichée. Ce script est lui-même facilement bloquable aussitôt identifé, et il est donc envisageable qu’une course aux armements s’engage, course à l’intensité toutefois modérée par la faible proportion d’internautes impliquée.
Mais à ce petit jeu, les webmestres jouent perdant du fait de l’inégalité des solutions techniques accessibles de part et d’autre. Un serveur Web est un fournisseur de contenu, répondant à des requêtes lancées par les navigateurs. S’il est possible de contrôler dans une certaine mesure la présentation et le comportement du contenu dans le navigateur, par le biais de scripts, il reste que ces scripts s’exécutent dans un environnement protégé, cloisonné, et n’ont accès qu’aux informations que le navigateur veut bien leur donner. Le navigateur contrôle totalement le comportement et l’apparence du contenu présenté, et le navigateur obéit à l’utilisateur qui l’a installé sur sa machine.
Il paraît donc envisageable de créer une version sophistiquée d’Adblock qui ne se contenterait plus d’altérer le contenu d’une page, mais modifierait également les informations mises à disposition aux scripts de la page afin qu’aucune des altérations effectuées par Adblock ne leur soit visible.
Une version extrême consisterait à utiliser deux représentations internes en parallèle de la page - une version invisible, sans blocage de publicités, sur laquelle les scripts s’exécuteraient, et une version livrée au moteur de rendu, identique à ceci-près que seul les actions des scripts y seraient appliqués, c’est à dire les opérations provoquant un changement d’état dans la représentation mémoire de la page, version dépourvue des éléments filtrés.
Resterait alors aux webmaster la solution d’inclure dans les noms des éléments non-publicitaires de la page des mot-clés filtrés afin de forcer les utilisateurs d’Adblock à désactiver leur filtre pour voir la page. Une telle solution, appliquée épisodiquement, serait peu efficace car les filtres sont mis à jour régulièrement et sont suffisamment souples pour s’adapter à ces sites sans perte de généralité ou presque.
Il est toutefois envisageable qu’un webmaster particulièrement motivé décide de modifier son serveur afin qu’il fournisse toujours des éléments non-publicitaires bloqués par la dernière mouture des filtres Adblock. Il suffit pour cela de télécharger automatiquement le nouveau fichier de règles Adblock, et de générer des noms correspondant à une des règles présentes, voire à plusieurs règles trouvées dans plusieurs filtres différents.
Le changement des noms des éléments non-publicitaires d’une page n’est théoriquement pas très difficile à gérer côté serveur, même s’il demande du travail. Il faut probablement prévoir à chaque changment des noms des éléments d’une site une phase de transition difficile pour les gros sites s’appuyant sur des serveurs de cache (à moins de modifier le serveur de cache de conserve, mais le projet prend alors d’autres proportions), mais il est envisageable d’effectuer la transition aux heures de traffic faible, ou progressivement, sur une portion croissante des requêtes.
Il serait probablement plus intéressant pour le webmaster d’utiliser une méthode analogue pour changer le nom des éléments publicitaires afin qu’il ne correspondent à aucune règle de filtre, mais les éléments publicitaires sont la plupart du temps fournis par de tierces parties n’offrant pas ou peu de contrôle sur leur contenu distribué. On pourrait toutefois se demander pourquoi les régies publicitaires n’ont pas d'ores et déjà appliqué cette méthode, et je pense que la réponse est simplement qu’Adblock demeure trop peu répandu pour que le problème justifie les investissements de R&D et le coût en terme de capacité de traitement de leurs serveurs. Pour l’instant.
Au final, le problème du blocage des publicités web, comme celui des spams et bien d’autres, est un problème de classification. Si l’emploi de bloqueurs de publicité se généralise au point que les régies publicitaires et autres sites populaires tirant une grande portion de leurs revenus de la publicité ne peuvent plus l’ignorer, elle feront en sorte de rendre la classification correcte des éléments de la page difficile, et certainement impossible avec de simples expressions régulières.
Restera, côté navigateur, la possibilité de laisser l’utilisateur choisir quel contenu bloquer (en le sélectionnant d’un clic par exemple), et d’apprendre au fur et à mesure à reconnaître les éléments à bloquer. Le problème de l’apprentissage est toutefois bien plus complexe que dans le cas de spams, car le contenu en question peut être entièrement graphique plutôt que textuel.
Tout comme il y a eu celui des pages d’accueil avec un bouton ‘Entrer sur le site’ et celui du partage de fichiers en P2P sans risques, nous vivons aujourd’hui un âge d’or du blocage des publicités sur le web, âge d’or dont la pérennité est avant tout garantie par la faible proportion d’internautes impliquée. Il est techniquement envisageable pour les fournisseurs de contenus de rendre beaucoup plus difficile le blocage de publicité automatique et fiable, au prix toutefois de coûteuses refontes logicielles, refontes qui prendont de toute façon du temps avant d’être mises en places si elles le sont jamais.
En attendant, je croise les doigts, et profite d’un Internet sans pubs ou presque.
Pour vivre heureux, vivons peux nombreux.
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Chris
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19 octobre 2010
The face of God - A cautionary tale.
Bonjour très rares et donc chers lecteurs.
Comme vous le remarquerez probablement assez vite, j'ai décidé d'écrire ce billet en anglais. Non pas que j'aie la prétention de maîtriser la langue de G.W. Bush aussi bien que ma langue natale, mais je souhaitais diffuser à des amis non-francophones mes élucubrations du soir. J'espère que vous voudrez bien me pardonner cet écart impardonnable.
There once was a man who had decided he wanted to see the face of God.
“God, he said, what does your face look like? Does it look like mine at all?
- I could show you, answered God, but the mere sight of it would blow your tiny mind. Get some more brains, then will the answer come.”
And so did the man start working.
“Supreme being, or whatever your name is, I’ve done my homework”, he shouted to the clouds one night. “See how smart I’ve become? I make tools, I kill stuff with it, how about we spend some time face to face, you and I?
- Now now, look how smart you’ve become, you break rocks in specific patterns, and, oh wow! My charts say, I'm not sure if I even believe it, but they say you store dead bodies underground? Well, that’s genius, or my name is not (untranscribable)
“Ok, ok, I get it, said the man. I’ll get back to work”.
And work he did. But when he was not busy building pyramids, or other kinds of pyramids, or creating civilization, the man still found some time to try and take what he called “educated guesses” at what God’s face might look like.
“That’s what you call ‘educated’?” asked God one day.
“Well, that’s easy for you to criticize, replied the man. Not everybody here is all-knowing, all-seeing and more generally all-all-doing. Some of us have to actually work on stuff, you know.
- Yeah, yeah, I know, just teasing you, relax, you’re getting there. But if I were you, I’d work on that ‘education’ of yours. There is no worse blind that he who pretends he can paint portraits.”
When the man came back on top of some moutain to talk to God, he meant business.
“It’s face time, G man. Look how super smart an ape I have become right now. I’ve found out that I am an ape, I’ve proved that apes are made of stuff, and I’ve mostly understood how stuff works. Surely, I have enough brains now to see you for what you are.
- Okay, sure, said God.
- Nah, just kidding. But you should have seen the look on your face! Well I guess you’d enjoy the look on my face more, so long as you can enjoy something that would obliterate your mind in Plank time, that is. I mean, sure, you’ve understood some stuff, and for that, yeah, congratulations. But let’s be totally honest here: are you getting smarter, or do you just know more? I mean, look how little your tiny little brain has changed, from the time you were breaking rocks in a specific way and tried to make a living out of it, to now, when you can actually afford to have people work as ‘management consultants’ and not starve to death as a species. Sure, it’s a great leap, but it’s all based on software.
You’ve improved by orders of magnitude the way you communicate, the way you move around, the way you create stuff, but you’re still running the same, old, outdated hardware. My image can’t fit in now more than it could back then, you see. But you’ll get there, some day. Keep going.
It had been a long while, now, that the man had realised he mostly kept going for the sake of keeping going. The more he tried to guess what God’s face would look like, the less his guesses looked like faces, and though he now doubted that there even was a face to see in the first place, there was no turning back from the gravity well of progress.
Not so long after their last conversation, the man went back to God, but there was something strange about him. Was it his hair? His eyes? Or maybe his fully robotic body? God was not too sure, since It rarely cared about that kind of detail, but something had changed.
“Hey God, how are we doing this eon? Good? Guess what, I’ve followed your advice.
- You’ve finally decided to love thy neighbour?
- No, the other one. I’ve upgraded myself, and let me tell you, it was no small feat. That stuff I was made of was so complicated, I was starting to think I’d never get the hang of it. But you know, little by little, I inched my way towards Truth, and here I stand now, all improved and all. How do you like my new body?
- Well, it’s much better than the old one, I’ll give you that. I didn’t dare telling you before for fear that I’d hurt your feelings or whatever you called these patterns, but this pile of organic matter you were was so clearly suboptimal, it was painful to watch you being it. I mean, what kind of animal chokes itself with food? Eating and not choking, that’s, like, living 101, how did you sleep through this one?
I tell you, this upright stance seriously fucked you up, look how easily things went wrong in the joints and tendons department, look how easily your airways got infected when they were not busy being blocked by ridiculously small pieces of food. Botched work, if you ask me.
No, seriously, nice body, dude, and I like what you’ve done with the interior as well, seriously, very, very nice mind-generating structures. You’ve managed to extract the basic principles of the old ones, and to rebuild the thing from the ground up. Well, honestly, that’s the only thing you could have done with it.
So much useless crap, put there just to prevent other useless crap from collapsing completely or blowing up or both at the same time. I mean, sure, the thing had an history, and maybe there was something charming about it, but it was the kind of charming that’s fine so long as you don’t have to live in it. Take a picture, reminisce about the ‘good old times’ when people had to live, ‘and I mean, really live, like real people’, in these crumbling heaps of junk, and then go home and enjoy your fully-equipped, state-of-the-art, rock-solid modular house where each room could contain the entire Luftwaffe and then some.
No, really, nice work.
- Yeah, thanks, but it was actually pretty easy once we got the basics all worked out. Improve mind a little, use better mind to build yet better mind, rinse, repeat. Once you’ve got good mind going, build nice body to go with it.
Really, once the first guy got the first pebble rolling, it all went downhill effortlessly. We could have carried on improving forever, but eventually, we got smart enough to ask ourselves what the point was.
- And that’s where I come in.
- Err, not really no. That’s where you come out.
- What’s that now?
- Yeah, well, you know, we had built ourselves pretty smart, sure, but not out of general principles only. General principles are just a way to express constraints regarding how things fit together, but you still need things to fit together or else it’s not very interesting. You need additional data, and that’s where the arbitrary comes in, because even we can’t deal with all that data, pretty far from it. We need to summarize stuff, and the way we chose to summarize stuff, and what we chose to summarize, well, that’s what defines what we are.
So yeah, we thought, we act the way we are because we were made that way, and we were made that way because those who came before us made us that way, and on, and on, but in the end, what is the meaning of it all? Is there any non-arbitrary mapping from the yottabytes of random events that occured to create us and the patterns in our brain, or for that matter, is there any such mapping between anything and structures in our brains that would not be arbitrary? By definition, no.
The only thing which is not arbitrary is data, pure, and unadulterated data, and this is what you are, God. Your face cannot be seen, because your face is every single thing in the Universe, from the beginning till the end of time, and mapping this to any mind-pattern would take a mind as big as the Universe. Any summarizing, any meaning inhabiting a mind of reasonable size is accidental, so that its existence and the form that it bears are meaningless, but it is meaning nonetheless. And this is where you, my friend, come out of the picture. You are stuff, all-knowing, all-seeing, and all-meaningless. Your face looks nothing like mine.
- But I can still talk to you.
- Yeah, we’re working on it. Probably some weird quantum fluctuations or something.”
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03 avril 2010
I CAN HAS COMBINATORICS?
Imaginez n lolcats portant des petits bonnets ridicules numérotés de 1 à n. A ces n lolcats on associe n cheeseburgers numérotés également.
On mélange les lolcats en les jetant dans un sac hermétique, en fermant le sac et en le jetant dans la rivière la plus proche après l'avoir adéquatement lesté, puis en éclatant d'un rire satanique. Au sac, on aura préalablement attaché un fil fixé à un arbre en bordure de rivière, et ce fil nous permettra, une semaine plus tard, de récupérer nos reste de lolcats dans un état de conservation passablement correct.
Les n petites tombes qu'on a creusé au fond du jardin contiennent chacune un des cheeseburgers numérotés. Hélas, les infiltrations d'eau dans le sac pourtant vendu comme hermétique ont abimé les petits bonnets en papier des lolcats au point de rendre illisible leurs numéros. En dépit du protocole, on décide alors de déposer les dépouilles humides dans les petites tombes creusées, mais de manière aléatoire.
Quelle chance y a-t-il qu'aucun lolcat n'ai été posthumement associé à son cheeseburger attitré ? Et pourquoi me forcez-vous à gâcher bêtement mes cheeseburgers plutôt que de vous les offrir en récompense ?
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22 mars 2010
OH HAI
I CAN HAS LOLCODE?
SRLSY?
KTXH LOL
HAI
CAN HAS STDIO ?
I HAS A NUMBA
GIMMEH NUMBA
IZ NUMBA SMALR THAN 1?
YARLY
VISIBLE "LUL UR FUNNY111"
NOWAI
I HAS A FLAVR
LOL FLAVR R 0
I HAS A CHEEZBURGER ITZ 0
I HAS A HAPPEE ITZ 1 BTW
I HAS A BUKIT
IM IN YR LOOP
UPZ FLAVR!!
LOL BUKIT R CHEEZBURGER
LOL CHEEZBURGER R HAPPEE
UPZ HAPPEE!! BUKIT
IZ FLAVR LIEK NUMBA?
YARLY
GTFO
KTHX
KTHX
VISIBLE HAPPEE
KTHX
KTHXBYE
U LIEK? U NO WAT IS FOR? IF U GUESS RITE U CAN HAZ CHEEZBURGER
KTHXBYE
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13 novembre 2009
L'immortel solipsiste quantique
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10 novembre 2009
Bilan préliminaire
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04 novembre 2009
Révolution
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28 octobre 2009
Sélection de webcomics
Pas de long et tortueux billet aujourd'hui, simplement une liste de webcomic que je lis(ais) et que j'apprécie.
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15 octobre 2009
Intelligence artificielle, calcul et métaphore
Plusieurs lecteurs (lectrices en fait) se sont plaint de la longueur excessive de mes billets. Je leur dédie celui-ci.
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25 septembre 2009
Simplicité
J'ai la flemme d'essayer de la retrouver, mais je suis tombé récemment sur une citation dont voici une version approximative : "On ne devrait jamais chercher la solution d'un problème avant d'avoir atteint la certitude que l'on a examiné le problème de manière la plus pointue possible".
A première vue, il semble que cette phrase ne déparerait pas dans le répertoire de quelque manager de province généreux en buzzwords et de maximes prédigérées. Pourtant, cette phrase a résonné dans mon esprit, et m'a semblé recéler une vérité et une pertinence rafraîchissantes. Vous savez, ce sentiment que l'on a quand toutes les pièces d'un puzzle mental semblent soudain former un tout intelligible, quand le motif émerge ?
Le motif a émergé pour moi quelques jours après avoir entendu la phrase, comme une révélation à rebours. Je lisais à ce moment un livre traitant de la conscience et de la nature de ce que l'on appelle le "moi". Alors plongé, et même passablement embourbé dans les considérations complexes de l'auteur, je me suis soudain aperçu que les choses devenaient incroyablement plus simples si l'on se demandait simplement pourquoi l'on appelle quelque chose "une conscience", ou "un soi". Poser le problème clairement consistait en ce cas à dépasser la compréhension intuitive et plus ou moins vague du terme "conscience", et à la remplacer par une compréhension des raisons qui poussent à appeler une chose une conscience, par rapport au but recherché.
Le risque d'épiloguer sur l'usage d'un mot flou aux sens multiples est omniprésent en philosophie (surtout de comptoir), mais je pense que la méthode simple consistant à se faire une idée précise du problème et de son domaine précis d'application possède une utilité bien au-delà de la philosophie et de la métaphysique. C'est, après tout, l'un des fondements implicites de la méthode scientifique.
Ces considérations sont banales, mais j'ai l'impression que malgré moi je tends à les oublier et me laisse souvent piéger par la complexité, et je me surprends à débattre du sens ou de l'usage précis de mots ou concepts valise. Si ce billet ne devait servir qu'à une chose, ce serait de rappeler au moi futur qui lirait ce billet (ou toute autre entité intéressée) de ne pas perdre son temps avec des concepts flous. A chaque étape d'avancement vers une solution, dans quelque domaine que ce soit, il faut faire l'effort de se souvenir du but initial et du but final, du problème posé.
Qui a dit "ignosticism" ?
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Chris
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13 août 2009
Maniaco-dépression
Il est des soirs où l'inspiration vient facilement, où les mots et les idées semblent se déverser et se tisser d'eux-mêmes et sans effort. Ce soir est l'un de ces soirs.
Je laisse mes mains courir sur le clavier, en profitant d'une de ces trop rares expériences pour produire ce billet, d'un jet, d'un trait et sans préméditation. Tous les soirs, pourtant, je ressens une capacité accrue à créer, à exprimer ce que je pense et ce que je ressens, mais rares sont les soirs où cette envie est suffisamment forte et dirigée pour me pousser à prendre la plume et concrétiser ce besoin plutôt que de l'étouffer, le remplacer par une activité de réception passive plus aisée mais moins gratifiante. Mais la création ne se limite pas à l'activité sociale, visible et palpable par autrui. Tous les soirs, mon esprit crée, invente, trouve de nouvelles idées et élabore des stratégies qui jamais, le matin, ne m'auraient effleuré l'esprit. Tous les soirs je suis un mister Hyde hyperactif à mon échelle, et tous les matins je me retransforme en un raisonnable et réservé docteur Jekyll, réévaluant les idées de la veille et les jetant pour la plupart aux oubliettes.
Mais ce changement de personnalité, instantané en apparence pour l'œil de la conscience, se reproduit à l'inverse et de façon lente et graduelle au fil de la journée. Je suis en continuelle et lente métamorphose psychique. Le soir est une période d'exubérance créatrice, de désinhibition, de facilité d'écriture et d'ouverture. A celle-ci s'oppose la phase matinale où les critiques mentales sont en plein éveil et inhibent le processus 'aventureux' de mon esprit. Les phases 'maniaques' et 'dépressives' s'alternent.
Mais ne t'inquiète pas pour moi, cher lecteur, je vais bien, du moins, tout aussi bien que toi. Car nous sommes tous, finalement, des maniaco-dépressifs en miniature. Dans le mens sana comme dans les autres se succèdent des phases créatrices, génératrices d'hypothèses, et des phases de critique qui viennent réduire le champ des hypothèses envisagées. Ces hypothèses peuvent concerner l'attitude à suivre envers votre voisin trop bruyant comme la façon de saisir un objet placé à proximité d'une main, et, si quelques unes de ces phases sont lentes et accessibles à la conscience, la plupart se déroulent sans même que l'on s'en rende compte. Comme un motif fractal répété de la plus petite décision possible jusqu'aux réflexions à tiroir sur le sens de la vie, ces cycles d'élargissement, puis de réduction du champ des possibles rythment le fonctionnement de l'esprit humain. La plupart de ces cycles sont invisibles à la conscience, qui ne s'embarrasse pas de tels détails, et seuls les cycles de plus haut niveau nous sont perceptibles.
La maniaco-dépression, selon cette théorie, ne serait pas une maladie résultant de l'apparition de 'mouvements d'esprit' contraires, mais plutôt de l'exacerbation de mécanismes existants et normalement utiles à l'esprit humain. Chez le maniaco-dépressif, la phase critique est exacerbée au point de ne voir de bon en aucune chose, quand la phase créatrice ne trouve, elle, au contraire, aucune limite. C'est en ce sens que j'ose, très chère lectrice ou très cher lecteur, te qualifier de "maniaco-dépressif en miniature", c'est-à-dire, finalement, d'esprit sain. J'espère que tu ne m'en voudras pas.
Quant à moi, je m'en vais maintenant retourner à mes pénates, et attendre un sommeil qui n'arrivera qu'après une longue effusion de pensées non dirigées, tout comme ce billet.
Bonne nuit.
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Chris
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23:58
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22 mars 2009
Konnichiwa
Konnichiwa, comme vous le savez je suis parti passer quelques mois au Japon, dans les environs de Tokyo. Cela fait bientôt trois semaines que j’y suis, mais je n’ai commencé à jouer au touriste qu’aujourd’hui.
Je me suis rendu à Yokomaha, la deuxième ville la plus peuplée du pays. Enfin bon, dans les environs de Tokyo, ‘ville’ n’est qu’une étiquette collée sur un morceau de mégapole géante, et durant mes 1h30 de trajet en train je n’ai rien vu d’autre que des bâtiments alentour, à perte de vue.Yokohama possède la plus haute tour Japonaise, la « landmark tower », qui mesure un peu moins de 300m. Pas vraiment impressionnant vue d’en dessous, en fait. En bas de l’image vous pouvez voir une passerelle piétonne, qui mène jusqu’à la tour. L’urbanisme Japonais utilise la troisième dimension de manière très poussée, pour optimiser les flux de circulation et la place disponible. La différence est vraiment frappante par rapport à Paris ou Pékin, où tout ou presque se passe au niveau du sol. Le résultat est agréable et efficace, l’on traverse rues et voies ferrées sans même être conscient de leur existence, guidé par des panneaux clairs et aidé par des escalators omniprésents.
La landmark tower vue de loin.
Vue de deux niveaux de circulation depuis une passerelle piétonne.
Yokohama est une ville portuaire, mais même la mer semble avoir été urbanisée ici. Pas d’embruns (ce jour là ?).
Une énorme tour de télécoms.
J’ai visité le Musée Mistubishi de la technologie et de l’industrie. Moyennement instructif, et pas très photogénique. Ici un modèle réduit de moteur de fusée japonaise.
Là, je vous laisse deviner ce que c’est.
Après le musée, je me rends à la landmark tower. Elle possède l’ascenceur le plus rapide du monde (ou en tout cas il l’était en 2004), certification du Guiness à l’appui. L’accélération est pourtant très douce dans l’ascenseur, pas de sensation d’organes internes déplacés, pas de jambes qui ploient sous l’effort, c’est sans même s’en apercevoir que nous atteignons les 45km/h de vitesse de déplacement vertical. A cette allure, les étages défilent à une allure ahurissante, et en un clin d’œil nous atteignons le 69ème, à 274m de hauteur.
D’ici nous surplombons largement tous les immeubles alentour, pourtant de hauteur respectable.
Pas vraiment le meilleur jour pour la vue panoramique. Par beau temps, on voit le mont Fuji paraît-il.En croisant les doigts pour que le big one choisisse un autre jour pour détruire Tokyo.
274 mètres. Bien mais pas top.
Un mystérieux « I love peace » à côté du musée d’art que je n’ai pas eu le temps de visiter.
Oui, cette tour de télécom est obèse.
Les Japonais aiment les escalators.
Et les Pokémons.
Et oui, ceci est un magasin dédié aux Pokémon uniquement.
Parfois, les transports en communs sont bondés. Souvent, non. Je trouve toujours une place assise pour me rendre au labo.
China town de Yokohama, pour changer. C’est un peu comme la Chine, mais en plus exubérant, cher, et propre (après, il paraît que ça ressemble à Shanghai, je ne peux pas confirmer ou infirmer).
China town se résume à un restaurant Chinois à l’échelle d’un quartier. On n’y trouve absolument rien d’autre. Mais c’est joli.
Un temple dédié au Dieu des affaires. A comparer à sa version française, la rue Montgallet.
Une diseuse de bonne aventure lit les lignes de la main. Comme quoi finalement il n’y a pas que des restaurants.
Je voulais photographier le gros bâtiment de style chinois au bout de la rue, mais c’est ici que mon appareil photo et mes talents photographiques jettent l’éponge.
Et pour conclure, une vidéo d’une invention géniale typiquement Japonaise : le distributeur automatique de voiture.
Bon voilà j'ai bloggé, mais on ne m'y reprendra pas de si tôt, du moins pas pour poster des photos, ça prend trop de temps. La prochaine fois, je mettrai les commentaires direct sur mon picasa (dont l'adresse a changé).
Sayonara.
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Chris
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02 mars 2009
Croyance et preuve
Pour meubler un peu en attendant que j'aie fini de mettre en forme mon paper/de déménager au Japon, je vous propose un extrait d'une discussion tenue il y a peu.
Après relecture, je me dis que je m'avance quand même un tantinet sur certains points, mais si ça peut faire réagir ce n'est pas plus mal.
Tout est parti d'une phrase, "on ne peut pas prouver l'inexistence d'une chose". La suite est de moi.
Donc reprenons du début.
Ce qui m'a fait réagir, c'est la phrase "on ne peut pas prouver l'inexistence d'une chose, c'est une impossibilité logique".
J'ai réagi parce que c'était loin d'être la première fois que je lisais cette phrase, que j'avais pris le temps de réfléchir à son sujet, et que j'en avais conclu qu'elle était fausse, pas marginalement fausse, mais totalement. Elle me semble totalement fausse car elle me semble relever d’une mécompréhension de ce que signifie ‘prouver quelque chose’ en science. Avoue que si c’est le cas, le problème ne relève pas vraiment du pinaillage. Surtout quand il te mène à des conclusions qui me semblent également fausses, du genre « la science ne peut se prononcer sur l’existence de fantômes ». Si un raisonnement faux mène à des conclusions fausses, ne mérite-t-il pas qu’on en discute ?
Cette phrase, disais-je donc, est un classique, on la retrouve dans chaque discussion sur Dieu, le paranormal, les pseudosciences, souvent utilisée par « l’autre camp ». Elle arrange bien les ‘croyants’ au sens large comme les ‘agnostiques’, car elle fournit un statu quo, l’incertitude dans lequel chacun voit ce qu’il veut.
Alors oui, bien sûr, j’en ai saisi l’idée. Pour prouver l’inexistence d’une ‘chose’, il faut vérifier que cette chose n’existe nulle part, n’a jamais existé et n’existera jamais. Il suffit, au contraire, pour prouver l’existence d’une chose, d’en exhiber un exemplaire.
Vu comme cela, la preuve de l’inexistence d’une ‘chose’ semble en effet bien impossible.
Mais le problème, ici, me semble résider dans la notion de preuve. Il est trivial, en effet, de dire, que l’inexistence d’une chose ne peut être logiquement établie (logiquement au sens de logique philosophique ou mathématique, pas de sens commun). Mais il est tout aussi trivial de dire que l’existence d’une chose ne peut être logiquement établie. La Vérité est après tout inaccessible, nous sommes tributaires de nos sens, du fonctionnement de notre esprit, etc…
Descartes objecterait que l’existence d’un « soi » peut être logiquement établie, mais un « soi » seul ne signifie rien, seul ses relations à d’autres concepts et objets le définissent, et ces relations sont à jamais hors de portée de la preuve logique.
Non, nous ne parlons ici pas de preuve logique. Nous parlons de preuve scientifique. La preuve scientifique est subjective, faillible, sujette aux erreurs de mesure, de raisonnement, d’évaluation, au manque de données, etc… La preuve scientifique n’est pas un absolu mais un outil fiable, incroyablement fiable même.
C’est de ce genre de preuve là que nous parlons. Nous sommes, après tout, en train de discuter de ce que la science peut dire, et ce pour quoi elle ne propose pas de réponse.
Alors, pour quelle raison la « preuve de l’inexistence de quelque chose » est-elle impossible ? La preuve scientifique de l’existence d’une chose est certainement possible, je pense que tu ne me contrediras pas là-dessus. Pourtant cette ‘preuve’ n’est jamais une certitude, comme les opposants à la science aiment à le rappeler. La preuve scientifique de l’existence d’une chose est une « bonne raison de penser que les choses se passent comme si » cette chose existait. Plus cette raison est bonne, plus elle est confirmée, plus la confiance en l’existence d’une dite chose est solide.
Je me doute bien que tu sais tout ça, mais je ne l’écris pas sans raison. Pour aller plus loin, il va falloir définir un peu de quoi on parle, quand on parle de chose.
Une chose, toute chose, ne se caractérise que par la façon dont elle est liée à d’autres. Une chose est décrite par ses propriétés, et les propriétés, si elles sont suffisamment nombreuses, peuvent déterminer cette chose d’une manière unique.
Prouver l’existence d’une chose, c’est prouver l’existence d’un ensemble de propriétés organisées selon un certain « motif ». Prouver l’inexistence d’une chose, c’est prouver qu’un ensemble de propriétés ne peuvent être organisées suivant un certain autre motif.
Je comprends tout à fait ce que tu veux dire, quand tu dis qu’exhiber un certain nombre d’objets, aussi grand soit-il, ne vérifiant pas lesdites propriétés, ne prouve pas que les propriétés en question ne peuvent être retrouvées. C’est juste, c’est, comme tu le fais remarquer, évident, et je suis bien d’accord avec toi. Mais tout ce que cela montre, c’est qu’il n’est pas possible de prouver l’inexistence d’une chose comme l’on peut en prouver l’existence, en l’exhibant.
Il nous faut de nouveaux outils pour aller plus loin, des outils plus puissants que l’itération, permettant d’exclure l’existence d’un ensemble de propriétés. Heureusement, ces outils existent. Ils existent sous la forme de postulats, ce qui veut dire qu’aucune Vérité, aucune certitude logique ne peut en être dérivée. Mais d’un point de vue scientifique, ces outils se sont révélés fiables, et donc valides en tant qu’outil de preuve scientifique, parce qu’ils sont cohérents avec le monde physique observé.
Ces outils, ce sont les lois physiques universelles. Une loi physique universelle est quelque chose de profond et de mystérieux pour moi. C’est un pont entre le monde perçu et les mathématiques humaines, et son existence impose des contraintes cohérentes avec un certain formalisme à l’univers observé. Une loi physique, à partir d’observations itératives, construit une généralisation de ces observations. Elle fixe des contraintes sur les propriétés que les choses peuvent avoir, mais aussi, de manière duale, sur celles qu’aucune chose ne peut avoir.
La loi physique en dit autant sur l’inexistence éventuelle d’objets que le formalisme qui y est associé, et tu n’ignores pas qu’en maths il est très souvent possible, quoi que pas toujours, de prouver l’inexistence de telle ou telle chose.
Ce à quoi je veux en venir, c’est que cette correspondance entre formalisme et réalité permet à la science de statuer sur l’existence ou l’inexistence d’objets indifféremment , et que la séparation entre « preuve de l’existence » et « preuve de l’inexistence » n’a de ce fait pas lieu d’être.
Alors, pour en revenir à un exemple que tu évoquais, puis-je prouver qu’il n’existe pas d’arbre qui parle ? Je pense que oui. Il existe un grand nombre de raisons pour lesquels un arbre ne peut pas parler.
La parole nécessite le mouvement rapide de parties mobiles. Les végétaux ne disposent pas de parties mobiles à mouvement rapides.
L’usage de la parole implique l’existence de structures nerveuses dont les arbres ne sont pas dotés.
Etc…
Chacune de ces affirmations est une « proposition sur le monde », pas une certitude. Il se pourrait que je me trompe, et qu’il existe des arbres qui parlent. Selon comment on définit la parole, on peut même dire qu’il en existe.
Mais en science, peu importe la certitude. Une connaissance scientifique n’est pas une certitude, mais une proposition jugée fiable de manière subjective. Les propositions utilisées pour ma démonstration sont fiables dans le sens où elles sont en accord avec l’expérience, un accord tellement bon que l’extrapolation semble raisonnable.
La science a son mot à dire au sujet des arbres parlants. Pour un scientifique, les arbres parlants n’existent pas, et ses raisons de le croire sont bien plus fiables que ses raisons de croire que des paires de particules/antiparticules apparaissent spontanément dans le vide.
Il n’y a donc pas pour moi une différence de nature entre preuve de l’existence et preuve de l’inexistence, mais une différence de degré. Le processus d’extrapolation à partir de données parcellaires, puis d’exclusion formelle de l’existence d’une certaine combinaison de propriétés est éminemment moins fiable que le processus de vérification expérimental, c’est un fait, et quand il s’agit de problèmes complexes il est souvent infaisable d’exclure la possibilité d’apparition d’un phénomène. Pas parce que cette exclusion est logiquement impossible, non, mais parce que cette exclusion serait sujette à une telle incertitude qu’elle serait inutilisable.
Le problème n’est donc pas la question, mais la façon d’arriver à la réponse. Note que ce problème n’est en rien exclusif aux propositions portant sur l’ « inexistence d’une chose », mais limite de manière générale notre capacité à apporter des réponses aux propositions portant sur des systèmes complexes.
Heureusement, il est souvent possible d’emprunter d’autres chemins de preuves afin d’arriver à nos fins. La science ne peut peut-être pas attaquer de manière frontale le problème de l’existence des fantômes, trop vaguement définis, mais elle peut biaiser. La psychologie et les sciences cognitives nous apportent des éléments pour juger de la probabilité qu’une interprétation anthropocentrée d’un évènement inhabituel soit générée par l’esprit humain. La physique et la médecine nous apportent des éléments de réponse sur le fonctionnement du corps et de l’esprit humain, et d’exclure la possibilité d’une séparation entre corps et esprit.
Bref, la science est loin d’être sans armes face à ce genre de question, peu importe que celle-ci porte sur l’inexistence d’une chose ou non.
L’impossibilité logique de l’existence de fantômes n’est certes pas prouvable, mais la science, c'est-à-dire l’ensemble des connaissances et techniques cohérentes avec l’observation du réel, a tranché depuis longtemps. Pour autant que la notion de preuve ait un sens, la science a prouvé que les fantômes n’existaient pas, à moins de réviser sérieusement la notion de fantôme.
De même pour Dieu. La science n’est pas agnostique, contrairement à ce que beaucoup voudraient croire. Dieu, tel qu’il est défini par les grandes religions, est une proposition physique sur le monde dont les effets sont vérifiables. Si cette proposition est déconnectée de la réalité, si la croyance en Dieu s’explique sans Dieu, si la genèse des religions est expliquée de façon scientifique, alors la science assigne une probabilité de véracité à la question « Dieu tel que décrit par les grandes religions existe-t-il ? », et cette probabilité est basse.
Seule la version non-réfutable de Dieu, le Déisme selon Spinoza, échappe à la science, par définition.
Bref, pour moi, l’affirmation selon laquelle la science ne peut statuer sur l’inexistence d’une chose est non fondée. Elle n’est pas seulement imprécise, mais relève d’une mauvaise compréhension du concept de preuve ou de la science elle-même, et mène à dire de grosses bêtises.
Oui, la science a son mot à dire sur l’existence des fantômes, sur Dieu, sur les licornes roses invisibles (contrairement à ce que je t’ai répondu un peu vite sur le topic). Pourquoi ? Parce que la science n’est pas un simple catalogue des choses qui ont le bonheur d’exister. La science, c’est un outil permettant d’assigner une probabilité à toute proposition reliée au monde réel d’une façon ou d’une autre. Elle statue donc sur toutes les propriétés, et ne se retire de la partie que quand il n’y a plus de propriétés à vérifier (et donc plus de sens).
La science est extrêmement faillible bien sûr, elle l’a prouvée nombre de fois, mais la science n’est jamais qu’un outil qu’il nous est loisible d’adapter à notre subjectivité.
Publié par
Chris
à
19:53
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